Résistantes, Esclaves, Aristocrates, Commerçantes: le passé des filles et des femmes sénégalaises

Mis à jour : 8 déc. 2020


Pour Fatima, du haut de ses 11 ans le 8 mars - journée internationale aux droits des filles et des femmes - la renvoie à la veille: le 7 mars 1820. Le jour qu’on appelle communément Talatey Nder au Sénégal, date à laquelle des femmes s'immolent par le feu. Elles évoquent également les conditions des filles et des femmes au sein de la maison des esclaves de Gorée et de ses impacts socioéconomiques à travers les Signares.


LA CELLULE DES JEUNES FILLES DANS LA MAISON DES ESCLAVES


L'équipe de journalistes en herbe de la Maison d'Éducation Mariama Bâ que nous avons composé a osé poser la question gênante: quelle était la vie des jeunes filles au sein de la Maison des esclaves de Gorée?

C'est tinté d'une émotion et d'un embarra que nous obtenons une réponse du conservateur adjoint. La cellule des jeunes filles étaient séparées de celle des femmes. Elles étaient utilisées pour satisfaire les désirs sexuels des maîtres. Les jeunes filles étaient considérées comme une marchandise de plus grandes valeurs. Une jeune filles vierge était beaucoup plus valeureuse nous explique le conservateur adjoint. Elle participait notamment à l'entretien des maîtres qui avaient le droit de choisir parmi les filles pour en faire une concubine. Elle s'attelait à toutes tâches réservées exclusivement à l'époque aux femmes dites mariées avec la contrainte de la servitude. Cette pratique que les européens appelaient à l'époque le mariage à la mode du pays pouvaient donner naissance à des filles qui avaient le titre de signares. Les signares furent des femmes métisses issuent de l'union entre la jeune fille esclave et le maître. Fatima nous partage l'origine du mot Signare qui vient de la déformation du portugais senhoras qui signifie Madame ou Mademoiselle. Elle nous rappelle que les européens laissaient leur femme dans leur pays et menaient une autre vie avec les esclaves qui n'en étaient pas libre pour autant. Ces unions donnent progressivement naissance à une communauté intermédiaire, celle des mulâtres. Le mariage célébré, l’épouse était considérée par chacun comme légitime. Elle donnait à ses enfants le nom du père. Ces sortes d’unions fondèrent les grandes familles de Saint-Louis et de Gorée.Celles-ci occupent à partir du milieu du XIXe siècle des positions importantes dans l’administration et les affaires, leur rôle politique et économique ira en s’affirmant.

Deux siècle plus tard Léopold Sédar Senghor nous clamait "Signare je chanterai ta grâce, ta beauté. Des maîtres de Dyong, j’ai appris l’art de tisser tes paroles plaisantes. Paroles de pourpre à te parer, princesse noire d’Elissa. Belles, sensuelles, lascives, dociles, étaient donc les Signares aux yeux des européens concentrés dans cette île sans distraction."

TALATEY NDER: DE LA TRAGÉDIE À LA RÉSISTANCE


Il y a 200 ans, le mardi 7 mars 1820 communément appelé Mardi de Nder, le Walo vit l’une des épisodes les plus tragiques de résistance. Les femmes de Nder préfèrent se brûler vives que de devenir captives des maures. Nder, capitale du Royaume du Waalo et animiste suscite la convoitise du Fouta (qui veut imposer l’Islam au Waalo animiste) et des maures (qui vent du commerce de la gomme et des esclaves). Ce jour là, en l’absence des hommes de Nder, les maures du Nord, fils de l’au-delà du Fleuve envahissent le village pensant que les les femmes du Walo, seules avec leurs enfants, sont assez fragiles pour les soumettre en esclaves.


Les femmes du Waalo se préparent à l'assaut. Elles se déguisent en hommes et repoussent les assaillants. Dans un élan de joie, elles retirent leur déguisement. La découverte de leur féminité provoque un sursaut d’orgueil mâle chez les maures et hommes du Fouta. Afin de se préparer à une autre riposte plus sanglante, La Linguère Fatim Yamar Khouryaye Mbodj organise une résistance. Les femmes mettent leurs enfants à l'abri avant de se donner rendez-vous à la grande case du conseil de sages du village. Un groupe de femmes s’immolent par le feu, préférant la mort à l'esclavage.

« La mort ! Que dis-tu Mbarka Dia ? » « Oui mes sœurs. Nous devons mourir en femmes libres, et non vivre en esclaves. Que celles qui sont d’accord me suivent dans la grande case du conseil des Sages. Nous y entrerons toutes et nous y mettrons le feu »

Ces pionnières de la résistance à l'invasion religieuse, la colonisation et de l'esclavage laissent derrière elles des filles qui dirigent et protègent le Walo. La Linguère Ndatté Yalla, fille de la résistante Linguère Fatim Yamar Khouryaye Mbodj en donne l’illustration. Sous son règne, le Walo demeure animiste - Ceddo en Wolof et donne l'exemple d'une Cheffe d'État, Cheffe de guerre, et précurseur d’une démocratie consciente et progressiste.

Entre contrainte et résistance nous nous sommes laissé.e.s porter dans le passé de ces femmes qu'il ne faut pas oublier dans l'histoire du Sénégal.

Nous Rejoindre 

Nous soutenir

bus scolaire

© 2020 HIPPOCAMPES fièrement créé par Odette.z.Niang